Commémoration de la rafle du Vél d’Hiv et hommage aux Justes de France le 16 Juillet 2017 : Discours de Madame Fabienne Bendayan Vice-Présidente du Crif Marseille-Provence lors de la commémoration à Marseille ainsi que les photos des commémorations à Paris et au Camp des Milles où respectivement Mesdames Marie-Helene Londner Vice-Présidente du Crif Marseille-Provence et Madame Veronique Egea representaient le Crif Marseille-Provence.


« 1942, Joseph a onze ans !
Et ce matin il doit aller à l’école, une étoile jaune cousue sur sa poitrine !

Entre bienveillance et mépris, ses copains, leur famille, vivent dans Paris occupé jusqu’à ce matin du 16 juillet où leur vie bascule … !

C’est la Rafle !

Les 16 et 17 juillet, 13 152 juifs sont arrêtés par la police française : 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver.
Du 19 au 22 juillet, les familles du Vél d’Hiv sont transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la Rolande. Adultes et adolescents sont déportés en premier ; brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse ; ils sont transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942.

Aucun d’entre eux n’est revenu !

Ces moments, il est difficile de les évoquer parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le drame de celles et de ceux qui ont vécu la tragédie, celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.
La journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « Justes » de France répond au souhait exprimé par la Communauté Juive et par de nombreuses personnalités françaises de voir reconnaître officiellement la responsabilité du régime de Vichy dans les persécutions et les crimes contre les juifs perpétrés pendant l’Occupation. 

Il a été décidé que cette journée nationale associerait la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français au 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d’Hiver ; 
Une responsabilité, que tout récemment certains élus politiques, de façon inconsidérée, se sont autorisés à dénier.

Est-il pourtant besoin de rappeler que l’Etat français, sous l’égide du Maréchal Pétain, doté des pleins pouvoirs par le vote des parlementaires rassemblés à Vichy, engage immédiatement une politique raciste, xénophobe et antisémite, édictant des lois qui excluent de la communauté nationale une partie de la population française en raison de « sa race ».
Son but est de limiter le rôle et l’influence en matière économique, politique et intellectuelle des « indésirables », au premier rang desquels les juifs, et s’en approprier les biens.
Avec la mise en œuvre de la solution finale par les nazis les persécutions et rafles se multiplient affectant l’ensemble de la communauté juive, Française et étrangère, hommes, femmes et enfants. 
En organisant leur recensement, leur arrestation et leur internement l’Etat français se fait le complice de leur extermination.
Les images défilent : elles sont fortes, nouent la gorge, étreignent le cœur : discriminations, exclusions, spoliations, humiliations, tortures, déportations, assassinats dans une chaîne infernale au service d’une idéologie perverse !
« Ces heures noires qui ont souillé à jamais notre histoire et qui sont une injure à notre passé et nos traditions, la folie criminelle secondée par l’Etat de Vichy 

La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ! » déclarait le Président de la République Jacques Chirac, lors de la Commémoration de la
Rafle du Vél d’Hiv, le 16 juillet 1995 dans un discours historique empreint d’émotion et d’indignation.
Un immense effort a été consenti par les survivants pour dire aux autres hommes ce que fut l’horreur de la Shoah, témoignages qui ont influencé la pensée occidentale tant sur les plans philosophiques que politiques.
Au fil des ans nous avons conçu « le témoignage » comme un devoir envers les Morts et envers la communauté des Vivants.
Commémorer c’est transmettre la mémoire des souffrances et des camps !

Témoigner encore et encore !

Ne rien occulter de ces heures sombres c’est défendre une idée de l’homme, de sa liberté et de sa dignité !
C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre !
Le combat n’est jamais fini ! 
La gravité s’impose encore et plus particulièrement alors que tout récemment des personnes sont mortes, assassinées, à nouveau, pour le seul fait d’être juives. 
Ces barbaries, rappelant tristement les exécutions perpétrées par les SS, témoignent que l’antisémitisme continue de ramper et de faire son œuvre. 
L’épidémie et la haine ne s’arrête pas à ces crimes monstrueux et visibles. 
Elle se répand de façon plus insidieuse et pernicieuse, à travers les insultes, les menaces et les agressions du quotidien. 

Ces récents évènements soulignent l’enjeu des commémorations qui ont pour vertu au-delà du travail de mémoire, du travail d’histoire de nous inviter à la conscience politique pour développer un travail de prévention et de vigilance. 

Si nous sommes réunis aujourd’hui c’est pour qu’à l’implacable cruauté ne succède jamais l’inexorable oubli ou la fatale banalisation !

Si nous sommes réunis aujourd’hui c’est aussi pour rendre hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes qui sous l’Occupation, bravant la folie meurtrière, la barbarie et l’horreur, se sont élevés au péril de leur propre vie pour sauver des milliers de Juifs. 
J’aimerais ici, avec vous, les honorer en citant un passage du livre de Simone Weil, ‘’Une Vie’’, qu’elle nous lègue, au moment douloureux de sa disparition, comme l’héritage d’une pensée haute et courageuse, Elle qui a survécu dans les camps de la mort !
Elle qui a gardé, chevillée à l’âme, une étincelle de vie salvatrice et éclairante qui redonne le goût d’espérer quoiqu’il advienne et quels que soient les dangers écrivait :
« Ce qui ruine le pessimisme fondamental des adeptes de la banalisation, c’est à la fois le spectacle de leur propre lâcheté, mais aussi, en contrepoint, l’ampleur des risques pris par les justes, ces hommes qui n’attendaient rien, qui ne savaient pas ce qui allait se passer, mais qui n’en ont pas moins couru tous les dangers pour sauver des juifs que, le plus souvent, ils ne connaissaient pas. Leurs actes prouvent que la banalité du mal n’existe pas. Leur mérite est immense, tout autant que notre dette à leur égard. En sauvant tel ou tel individu, ils ont témoigné de la grandeur de l’humanité. »
Sur proposition de cette femme d’exception, alors présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, le 18 janvier 2007 le Président de la République Jacques Chirac a rendu un hommage solennel au nom de la Nation aux Justes de France et aux Français restés anonymes. 
Au Panthéon, une plaque leur rendant hommage grave à jamais la reconnaissance de la France :
« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les Nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes de toutes origines et de toutes conditions ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination, bravant les risques encourus. Ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».
La Nation a témoigné sa reconnaissance envers les françaises et les français de toutes croyances et de toutes origines qui malgré les risques encourus n’ont écouté que leur conscience : « la plupart n’ont pas le sentiment d’avoir accompli des actes héroïques : ils ont porté secours à des hommes, des femmes, et des enfants juifs, simplement parce qu’il fallait le faire »

Au moment où je prends la parole mes pensées émues se dirigent vers l’un d’entre eux, l’ancien maire de Marseille, Robert Vigouroux, récemment disparu, et qui jeune médecin, s’était porté volontaire pour aider à soigner les 4.554 juifs rescapés des camps nazis entassés sur l’Exodus ;
Ainsi l’Histoire doit rester le Tribunal du monde
Et
La mémoire l’avocat des justes causes !
Il y a des moments où il est dit dans la parole : « les Morts nous entendent » !
Je le sais ! Je le sens !

Après ces quelques mots qui lient l’horreur du passé aux périls du présent, sans éteindre la merveilleuse étincelle des Justes qui brille comme un acte de foi dans l’humanité, plagiant Robert Badinter lors de la commémoration du 50ème anniversaire de la rafle, comme lui, je vous dis : « je ne demande désormais que le silence, le silence que les morts appellent ! »
(Photos de la Commemoration à Paris ci-aprés)


(Photos de la Commemoration au Camp des Milles ci-aprés)