
Nommer la persécution des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale reste un défi : longtemps invisibilisée, rarement enseignée, presque absente de l’espace public, elle ne dispose même pas d’un mot partagé pour dire l’ampleur du crime. Entre Porajmos et Samudaripen (ou « génocide des Tsiganes »), les désignations existent pourtant bel et bien. Cependant, elles ont du mal à s’implanter, ce qui révèle combien cette histoire est reléguée aux marges de la mémoire collective.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes — un terme qui regroupe plusieurs peuples, comme les Roms, les Sinti ou les Kalé — ont été victimes d’une persécution très grave menée par l’Allemagne nazie et ses alliés. Présents en Europe depuis des siècles, ces groupes ont souvent été la cible de préjugés. Les nazis ont utilisé ces préjugés pour les considérer comme un groupe « racialement inférieur », ce qui a servi de justification à une politique de discrimination puis de violence.
Dès les années 1930, en Allemagne, les Tsiganes sont surveillés, empêchés de circuler librement et regroupés dans des camps spéciaux. Ils perdent progressivement leurs droits. Lorsque la guerre commence en 1939, la situation s’aggrave : des familles entières sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail forcé, dans des ghettos ou dans des camps de concentration comme Dachau, Buchenwald ou Ravensbrück. Les conditions de vie y sont extrêmement dures : manque de nourriture, froid, maladies et violences quotidiennes.
Dans les pays occupés par l’Allemagne, notamment en Europe de l’Est, les violences prennent d’autres formes. Des unités spéciales nazies fusillent des milliers de Tsiganes près de leurs villages. En Croatie, en Roumanie ou en Serbie, les autorités locales alliées des nazis participent également aux arrestations, aux déportations et aux massacres.
À Auschwitz‑Birkenau, les nazis créent un secteur réservé aux familles tsiganes, appelé « camp des familles tsiganes ». Hommes, femmes, enfants et personnes âgées y sont enfermés ensemble. Beaucoup meurent de faim, d’épuisement ou de maladie. Le 2 août 1944, les nazis décident de supprimer ce camp : presque tous les prisonniers sont tués dans les chambres à gaz. Aujourd’hui, cette date est devenue la journée européenne de commémoration du génocide des Roms.
On estime qu’entre 200 000 et 500 000 Tsiganes ont été tués pendant la guerre. Ces chiffres représentent une part très importante de la population tsigane d’Europe — entre le quart et la moitié — qui, selon les estimations des historiens, devait compter entre 800 000 à 1 million d’individus. Pourtant, après 1945, leur sort a longtemps été oublié ou minimisé. Ce n’est qu’à partir des années 1970‑1980 que les États européens ont commencé à reconnaître officiellement que les Tsiganes avaient été victimes d’un génocide.
Aujourd’hui, cette histoire fait pleinement partie de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle rappelle que les préjugés et le racisme peuvent conduire à des violences extrêmes, et qu’il est essentiel de connaître et de transmettre cette histoire pour éviter qu’elle ne se reproduise.
C’est aussi la vocation de la commémoration de « la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité » qui a lieu chaque 27 janvier.
Gérald Attali
Président de la commission « Éducation, mémoire et transmission » du CRIF Marseille-Provence



