
Bien nommer les choses, c’est déjà mieux comprendre le monde. Quand on utilise les bons mots, on évite les confusions, on respecte les autres et l’on peut reconnaître ce qui relève de l’opinion… et ce qui relève de la discrimination.
Comprendre pour mieux vivre ensemble, est-ce aujourd’hui si facile ? À l’école et dans la société, on entend parfois des mots liés à l’actualité ou à l’histoire qui peuvent être difficiles à comprendre. C’est moins le mot « antisémitisme » qui est employé que les mots « sionisme » et « antisionisme ». Ils concernent un conflit lointain, que tu n’as sans doute pas encore étudié en classe, le conflit israélo-palestinien, mais qui peut entraîner des situations au collège qui interrogent.
- Sur un groupe de discussion, si une image ou une « blague » utilise des clichés sur les Juifs. Même sous forme d’humour, cela peut blesser et exclure.
Si cette situation existe, elle fait place aujourd’hui à des situations où l’actualité prend le dessus.
- En classe, si un élève dit à un autre : « Tu es juif, donc tu es responsable de ce qui se passe là-bas, à Gaza ». C’est une discrimination.
- Dans la cour, si quelqu’un dit : « Les Juifs n’ont pas le droit d’avoir un pays ». C’est nier un droit reconnu à tous les peuples.
Il est vrai que ces exemples semblent éloignés des événements commémorés le 27 janvier 1945, date de la découverte d’Auschwitz. Cependant, ils ont en commun de faire ressurgir une haine que l’on pensait éteinte à jamais grâce, justement, au souvenir d’Auschwitz. Il importe dans un premier temps d’expliquer simplement ces mots.
Le sionisme est un mouvement politique, né à la fin du XIXe siècle, qui repose sur l’idée que le peuple juif a besoin d’un État pour vivre en sécurité. Cet idéal a abouti à la création de l’État d’Israël en 1948, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’antisionisme c’est une opposition au sionisme, mais qui va bien au-delà de la critique — légitime — du gouvernement israélien, puisqu’elle refuse l’existence même d’un État juif.
L’antisionisme peut-il être assimilé à l’antisémitisme ? Oui, l’antisionisme peut devenir problématique lorsqu’il ne vise plus des décisions politiques, mais les Juifs en général. Cela arrive lorsque des personnes utilisent un conflit lointain pour accuser tous les Juifs de ce que fait un gouvernement, ou lorsqu’elles reprennent des clichés déjà présents dans l’histoire de l’antisémitisme.
Comprendre les mots que l’on utilise est essentiel pour mieux vivre ensemble. Savoir faire la différence entre une opinion politique et une discrimination permet d’éviter les malentendus, les blessures et les injustices. À l’école comme ailleurs, chacun a le droit d’exprimer ses idées, mais personne n’a le droit de viser ou d’exclure quelqu’un à cause de son origine, de sa religion ou de son identité. Respecter les autres, c’est reconnaître leur dignité et refuser les stéréotypes.
Apprendre à nommer les discriminations et à les refuser, c’est aussi la vocation de la commémoration de « la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité » qui a lieu chaque 27 janvier.
Bruno Benjamin
Président du CRIF Marseille-Provence



