
La comparaison des génocides du XXe siècle peut-elle nous aider à comprendre pourquoi et comment des sociétés entières ont basculé dans la haine ? Peut-on le faire en respectant l’histoire particulière de chaque génocide ?
Au XXᵉ siècle, plusieurs peuples ont été victimes de génocides. Un génocide, c’est quand un groupe humain est volontairement détruit et systématiquement exterminé parce qu’il a une origine, une religion ou une culture différente. Ce mot a été inventé en 1944 pour décrire les crimes nazis, puis adopté par l’ONU pour définir juridiquement un degré de barbarie absolue parmi les crimes de masse.
Quatre génocides ont marqué ce siècle : celui des Arméniens en 1915, celui des Juifs (la Shoah) et des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, et celui des Tutsi au Rwanda en 1994. Même s’ils se déroulent dans des pays et des époques différentes, ils ont plusieurs points communs.
Ils ont d’abord lieu dans un contexte de guerre ou de crise. Les Arméniens sont massacrés pendant la Première Guerre mondiale. Les Juifs et les Tsiganes sont exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Au Rwanda, le génocide des Tutsi se déroule pendant une guerre civile. Dans tous les cas, les victimes sont des civils sans défense face à des armées et/ou des milices.
Ces génocides commencent aussi par des idées de haine. Les gouvernements diffusent des mensonges et des préjugés pour faire croire que certains groupes seraient dangereux, inférieurs ou responsables de tous les problèmes. Les victimes sont insultées, humiliées, déshumanisées. Beaucoup de gens finissent par accepter ces idées, par peur, par indifférence ou parce qu’ils y croient. Mais certains, heureusement, ont le courage d’aider et de sauver des vies.
Les génocides sont organisés étape par étape. On commence par repérer les personnes visées, puis on les exclut, on les arrête, on les déporte et on les extermine. Les violences sont planifiées : marches forcées, fusillades, camps, tortures, chambres à gaz selon les cas. Rien n’est laissé au hasard.
Les conséquences sont terribles : des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont tués. Derrière les chiffres, il y a des vies brisées, des familles détruites et des survivants marqués à jamais. Leurs témoignages sont essentiels pour comprendre ce qu’il s’est passé.
Chaque génocide a aussi ses particularités. Le génocide des Arméniens commence en 1915. Les dirigeants de l’Empire ottoman accusent les Arméniens d’être des traîtres pendant la guerre et veulent construire un pays très homogène. Les Arméniens, considérés comme différents et dangereux, deviennent des boucs émissaires. Ils sont alors arrêtés, déportés et massacrés selon un plan organisé.
La Shoah est le génocide le plus long, le plus organisé et le plus meurtrier. Les nazis veulent éliminer tous les Juifs d’Europe et utilisent des méthodes industrielles pour y parvenir : camps, chambres à gaz, fusillades, expériences médicales. Ils poursuivent leur projet même quand l’Allemagne est en train de perdre la guerre. Le génocide des Tsiganes fonctionne de manière très proche.
Au Rwanda, le génocide des Tutsi est très rapide : il dure seulement cent jours. Les moyens sont plus simples, comme les machettes, et la population est massivement impliquée. Des voisins tuent leurs voisins, encouragés par le gouvernement et la propagande.
Pour éviter que de tels crimes se reproduisent, il est essentiel d’apprendre à reconnaître et à refuser la haine. Chacun peut agir : ne pas croire aux préjugés, essayer de comprendre les autres, se montrer responsable et solidaire. Les États doivent aussi protéger les droits de tous, punir le racisme et l’antisémitisme, et entretenir la mémoire des victimes. Se souvenir, c’est une façon de construire un avenir plus juste et plus humain.
Comparer les génocides, cela ne veut pas dire classer ou mesurer pour établir lequel serait « pire » ou « plus grave ». Chaque génocide est une tragédie avec ses singularités. Comparer permet de comprendre, d’éclairer, de prévenir. La prévention engage la responsabilité individuelle, collective, civique, politique face à la haine, au racisme et à l’antisémitisme banalisés.
Se préoccuper de comparer sans hiérarchiser, c’est aussi la vocation de la commémoration de « la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité » qui a lieu chaque 27 janvier.
L’ampleur des massacres
Des millions d’êtres humains, hommes, femmes, enfants, familles entières ont péri dans des conditions extrêmes. 6 millions de Juifs pendant la Shoah, soit la moitié de la population juive d’Europe ; 300 a 500 000 Tsiganes ; 1,5 million d’Arméniens ; entre 800 000 et 1 million de Tutsi. Et pour les survivants des traumatismes ineffaçables.
Nicole Agou
Présidente de l’Association pour la Recherche et l’enseignement de la Shoah (ARES) et membre de la commission « Éducation, mémoire et transmission » du CRIF Marseille-Provence



