
Retour sur la polémique suscitée par un ouvrage parascolaire
À Jean-Dominique Durand, président de l’Amitié judéo-chrétienne de France, pour son honnêteté intellectuelle dans le rétablissement de la vérité sur les événements tragiques du 7 octobre 2023 dans un communiqué[i] clair et concis. Qu’il soit assuré de notre reconnaissance et de notre fidèle amitié.
L’édition scolaire est assez régulièrement interpellée quand des erreurs factuelles se glissent dans des ouvrages destinés aux élèves. Quand cela arrive, l’éditeur les corrige et l’affaire est close. En revanche, quand il s’agit d’un problème plus profond parce que l’erreur fait craindre une falsification du savoir à des fins intentionnelles, les réactions dans l’opinion peuvent fort logiquement prendre une dimension nationale. Si elles sont plus vives, c’est que, dans ce cas l’erreur conduit à remettre en cause l’exigence de rigueur scientifique et de neutralité méthodologique qui est au fondement d’un enseignement laïque.
C’est précisément ce que montre l’affaire du manuel Hachette, rappelé en urgence après la publication d’un passage erroné sur les événements du 7 octobre 2023. En effet, ce manuel présente les victimes israéliennes comme des « colons juifs », omettant de préciser la nature terroriste des attaques du Hamas et réduisant le massacre à une « série d’attaques ». L’erreur a suscité une réaction immédiate : indignation de l’Union des Étudiants juifs de France, du CRIF par la voix de son président, et de nombreux élus jusqu’au Président de la République. L’éditeur n’a eu d’autre solution que de procéder à un rappel massif des ouvrages et à présenter des excuses publiques.
Certes, le texte incriminé ne figurait pas dans un manuel scolaire, mais dans un ouvrage parascolaire de révision pour le baccalauréat, destiné aux élèves ayant choisi la spécialité « Histoire‑géographie, géopolitique et sciences politiques » (HGGSP). Un enseignement optionnel, suivi par une partie seulement des élèves de terminale en série générale, et qui repose normalement sur une exigence disciplinaire élevée. Confier à des candidats au baccalauréat un manuel de révision contenant une erreur aussi manifeste ne relève pas d’un simple incident éditorial, car il peut porter atteinte à la qualité même de leur préparation. Un ouvrage de révision doit offrir des repères fiables, des connaissances établies, des formulations précises. Lorsqu’il s’écarte de cette exigence, il fragilise la confiance des élèves dans les savoirs qu’ils apprennent et dans l’examen qu’ils préparent.
Que l’enseignement du conflit israélo-palestinien fasse partie des questions sensibles ne fait guère de doute. C’est un leitmotiv sur lequel on devrait d’ailleurs davantage s’interroger. Cependant, il ne s’agit pas ici d’une situation d’enseignement ; si tel était le cas, on pourrait se contenter de renvoyer aux travaux désormais nombreux sur la posture à adopter par l’enseignant dans ce type de situation[ii]. Non, ce qui est en jeu dans le cas de cet ouvrage parascolaire c’est une erreur factuelle d’un type particulier. Celle-ci fait craindre une lecture biaisée, d’autant plus inacceptable qu’elle paraît relayer des lieux communs traditionnellement véhiculés dans certains organes de presse ou, plus généralement, dans les réseaux sociaux ; médias qui construisent des représentations du conflit où domine une perception souvent marquée par la violence ou l’unilatéralisme et dont on sait l’influence sur la manière de s’informer des adolescents.
La pratique de l’enseignement impose traditionnellement une attention soutenue aux termes employés, elle est tout aussi nécessaire dans un fascicule destiné à la révision des notions dans une perspective de préparation de l’épreuve au baccalauréat. C’est une tâche délicate qui s’impose aux auteurs qui doivent transmettre la quintessence du savoir sur une question, sans raccourcis ni approximations, et sans commettre d’erreurs factuelles[iii]. La précipitation peut-elle expliquer les inexactitudes pointées par les associations ensuite dénoncées par la presse et les élus ? On peut désormais en douter dans la mesure où les mêmes inexactitudes ont été relevées dans trois manuels de révision avant d’être également détectées, quelques jours plus tard, dans un dictionnaire pour les collégiens. L’éditeur a donc diligenté une enquête interne « pour déterminer les raisons qui ont conduit à une telle erreur » ; ce qui conforte le soupçon d’intention politique de l’auteur.
Certes, on peut considérer que la crise que traverse l’éditeur a quelque chose de salutaire, puisque celui-ci a été conduit à réexaminer l’ensemble des modalités d’élaboration, de vérification et d’édition des ouvrages qu’il publie. On doit toutefois noter que ce sont les associations qui ont joué un rôle majeur dans l’identification du problème. Quand on se fait une haute opinion du rôle de l’éducation dans la formation du citoyen, on peut regretter que la promesse d’un traitement exigeant et distancié des questions sensibles à laquelle tiennent tant d’enseignants soit entachée par quelques-uns.
Gérald Attali
Président de la commission « Éducation, mémoire et transmission » du CRIF Marseille-Provence
Francine Coen
Présidente Régionale Provence Occitanie du B’nai B’rith France
[i] https://www.ajcf.fr/Une-desinformation-caracterisee.html
[ii] https://pedagogie.ac-toulouse.fr/hgemc/pastel-ndeg9-enseigner-les-questions-socialement-vives
[iii] Sur le caractère difficile de cette tâche, voir l’étude du B’nai B’rith France, Représentations du conflit israélo-arabe dans les manuels d’histoire des classes de terminale, disponible à l’adresse : https://www.bbfrance.org/post/repr%C3%A9sentations-du-conflit-isra%C3%A9lo-arabe-dans-les-manuels-d-histoire-des-classes-de-terminale



