
Libre opinion
« Je n’ai pas voulu le dire tout à l’heure, mais il y a des personnes dans une autre classe de 6e qui font des signes d’Hitler. » Ce témoignage de Noah, 11 ans, est rapporté dans une récente étude du CRIF menée en partenariat avec l’IFOP et la Fondation Jean Jaurès, L’école de la République à l’épreuve de la montée de l’antisémitisme[1].
Pas une journée, pas une semaine, sans que des propos analogues à ceux rapportés par Noah n’attestent de la banalisation croissante des insultes et des préjugés antijuifs dans le quotidien scolaire depuis le 7 octobre 2023.
L’école républicaine est-elle à la hauteur du nécessaire combat contre l’antisémitisme ? Pour une partie de l’opinion publique, il ne fait guère de doute que l’école serait dépassée, ne réagirait pas assez vite, minimiserait certains incidents ou manquerait de moyens pour agir.
Dans une démocratie, la critique de l’école est non seulement légitime, mais indispensable. L’école n’a-t-elle pas pour vocation première de former des esprits libres ? Plus qu’aucune autre institution, ne doit-elle pas se soumettre à l’examen public et à la critique des citoyens ? D’autant que les études ne manquent pas qui viennent étayer la crainte que l’école soit débordée, voire impuissante.
Mais s’agit-il toujours de critique quand on glisse d’un débat légitime (comment mieux agir ?) vers une mise en accusation diffuse selon laquelle l’école serait complaisante, les enseignants indifférents, l’institution défaillante par principe ? Ce glissement transforme un problème réel — la lutte contre l’antisémitisme — en procès d’intention et compromet sa résolution à cause du soupçon.
Or, le soupçon relève d’une autre logique que la critique : il présuppose une faute, une intention cachée. Il installe la défiance à l’encontre des enseignants, tous suspects de passivité, de laxisme ou, pire, d’autocensure. Il détourne l’attention des véritables difficultés faisant oublier que l’antisémitisme ne naît pas dans l’école : il y entre.
Le soupçon a ceci de particulier qu’il n’a pas besoin des preuves, il les suppose.
Les voies d’une lutte efficace contre l’antisémitisme sont pourtant connues. Mieux former les enseignants, produire des ressources pédagogiques adaptées, dialoguer avec les familles, établir des relations de confiance entre les acteurs et les partenaires — culturels et associatifs — de la communauté éducative. Ce sont là les conditions qui font de l’école le lieu sans doute le mieux adapté à une lutte constructive contre l’antisémitisme.
Noah, cité plus haut, et ses camarades — juifs et non-juifs — expriment la crainte que la promesse républicaine d’émancipation et d’égalité soit compromise par la montée de l’antisémitisme. N’est-il pas temps de rappeler que c’est la confiance dans l’école qui permet de restaurer cette promesse et le soupçon qui compromet sa réalisation ?
Gérald Attali
Président de la commission « éducation, mémoire et transmission » du CRIF Marseille-Provence (31/03/2026)
[1] Éditions Fondation Jean-Jaurès, mars 2025. Disponible à l’adresse : https://www.crif.org/sites/default/fichiers/images/documents/crif-etude-ecole-de-la-republique-face-a-la-montee-de-lantisemitisme.pdf



