« Tous unis contre le racisme et l’antisémitisme », telle est l’inscription qui est gravée sur la plaque devant l’arbre planté par la Mairie de Bagatelle des 6ème et 8ème arrondissements de la Ville de initié par Monsieur Yves Moraine il y a 1 an, en mémoire d’Ilan Halimi, torturé et assassiné parce qu’il était Juif.

Le chemin sera encore long pour que l’on soit tous unis contre ces fléaux que sont le racisme, l’antisémitisme et la haine de l’autre; mais nous continuons et continuerons à œuvrer avec tous ceux qui, dans la République, voudrons les combattre.

En ce jour, nos pensées vont vers Ilan Halimi et sa famille.

 

Discours de Bruno BENJAMIN ,  Président du Crif Marseille Provence  à la mairie de Bagatelle
Plantation d’un arbre en mémoire d’Ilan Halimi, 5 mars 2020.

« Monsieur le maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers amis,

Je dois vous faire une confidence.
En me projetant sur cette réunion, je me suis surpris à douter.
je me suis dit est-ce que notre initiative, présente un réel intérêt, est-ce qu’elle peut avoir, un impact sur les esprits, est-ce que le fait d’additionner des douleurs, d’agréger des horreurs, de ressasser les malheurs, est-ce que tout cela peut inviter, inciter, incliner le monde à un peu plus d’humanité.

Alors pourquoi douter quand on porte la parole de la mémoire et du souvenir.
Parce ce que j’étais en train de penser aux dates, à la chronologie des faits qui nous réunissent, et je me disais en égrenant les noms sur fond d’évènements tragiques :

novembre 2003 Sébastien Sellam, février 2006 Ilan Halimi, en mars 2012 Jonathan Sandler et ses fils Aryeh et Gabriel et la petite Myriam Monsonégo, janvier 2015 l’hyper cacher Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François Michel Saada.
En avril 2017 Sarah Halimi et en mars 2018 Mireille Knoll pour clore cette liste funeste.

Il y a un an, nous étions là, réunis dans un même élan pour honorer la mémoire d’Ilan Halimi, ce jeune homme séquestré et torturé en janvier 2006 par le « gang des barbares », son corps abandonné près de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans
l’Essonne.
Il était juif et censé être riche, c’est pour cela qu’on l’a tué, stéréotype récurrent de l’antisémitisme.

L’arbre planté au cours d’une belle cérémonie, le 5 mars dernier, était la réponse humaine adéquate à ce tragique fait d’hiver.
Il représentait le parfait symbole de la vie qui continue sans pour autant effacer ni altérer le souvenir du jeune homme martyrisé.

Une année a passé et nous sommes, aujourd’hui, de nouveau rassemblés sur la même thématique, pour une cérémonie analogue et toute aussi chargée de sens.

Car de tout temps les arbres ont inspiré du respect aux hommes. S’ils représentent la force, la sagesse et la longévité, ils incarnent ce lien insoupçonné mais bien réel qui nous relie aux petits faits quotidiens. C’est aux arbres que nous confions, dans nos promenades solitaires, nos passions, nos désirs. Le silence et l’espace nous guérissent du mal des villes, celui la même qui a tué Ilan Halimi.

Victor Hugo disait que l’arbre a ses racines dans le cœur du peuple comme il est lui-même dans le cœur de la terre. » Cela, nous le ressentons assurément mais sans pouvoir l’exprimer avec le talent qui le caractérisait.

Chers amis, dans quelques années, cette jeune pousse aura grandi et déployé ses rameaux dans le ciel. Et dans ce parc où des enfants s’ébattent dans la joie, il m’est agréable de penser qu’ils se diront un jour que c’est un patrimoine à protéger, et à sauvegarder la mémoire d’un jeune homme arraché à la vie.

Et plus tard, devenus adultes, ces enfants auront à cœur de perpétuer le souvenir d’une victime innocente, à l’ombre de ces arbres qui auront alors leur âge et, j’ose l’espérer, leur force et leur sagesse.

Alors éduquons et souvent rééduquons, rééduquons ceux qui ont renoncé, ceux qui ont capitulé, ceux qui ont vu et constaté dans une certaine forme d’indifférence, l’effondrement de toutes les barrières des valeurs et des repères qui étaient le socle unitaire de notre société.

Il est impossible d’avancer dans la vie sans les autres, éduquons pour que leur regard soit bienveillant, soit un tremplin et non un couperet qui tue.

Pour lutter ayons la volonté de ne jamais capituler, cher Yves Moraine, notre devoir c’est de ne jamais renoncer, quel que soient les circonstances de toujours marteler, qu’un jeune homme au 21e siècle fut assassiné parce qu’il était juif.

Je vous en remercie ! »